Les MOOCs en chiffres
En septembre 2023, les MOOCs ULiège ont atteint la barre des 500.000 apprenants à l’un de ses cours en ligne ouverts et gratuits.
Depuis le lancement du projet en 2016 et l’ouverture de 3 premiers MOOCs : "Introduction à l’Histologie", "Il était une fois la littérature Jeunesse" et "Migrations internationales", ce sont aujourd’hui 25 thématiques différentes qui sont ouvertes à tous durant l’année dont 4 nouveaux projets : "L’éducation à la citoyenneté mondiale", "Ethique et humanités médicales", "Les romains, un peuple de juristes" et "Les hiéroglyphes égyptiens". Ce dernier approche par ailleurs déjà des 10.000 inscrits à sa première session.

Retrouvez nos analyses et nos chiffres publiés :
En décembre 2023, L’Université de Liège (ULiège) a franchi une étape remarquable en rassemblant plus de 500 000 apprenants, dont environ 6000 étudiants ULiège, au sein de ses 30 MOOCs. Mais quelles sont les clés de ce succès ?
L’Université de Liège (ULiège) a franchi une étape remarquable en rassemblant plus de 500 000 apprenants, dont environ 6000 étudiants ULiège, au sein de ses 30 MOOCs. Mais quelles sont les clés de ce succès ?
1. La diversité des thématiques et des publics
Les MOOCs ULiège proposent une grande variété de thématiques, qui couvrent à la fois les champs des sciences humaines, des sciences et techniques et des sciences de la santé. La liste des sujets est longue et les publics sont diversifiés ; les MOOCs ULiège touchent à la fois les étudiants de l'enseignement secondaire ou au début de leur cursus universitaire grâce aux MOOCs socles en droit, en chimie, en physique et bientôt en biologie, mais aussi les professionnels en activité et des étudiants en cours de spécialisation comme dans le cas des MOOCs dédiés à la Simulation médicale, aux Techniques d'irrigation ou à la Chimie verte. Le grand public n'est pas oublié ! Par exemple, les amateurs d'histoire(s) (dans les deux sens du terme) trouveront leur bonheur en découvrant “Il était une fois la littérature jeunesse” ou “HistoireS de Belgique”, ceux qui veulent prendre soin de leur santé ne manqueront pas le MOOC "Agir pour sa santé" et les curieux du fonctionnement du climat comprendront le mécanisme de son réchauffement en suivant “Tout comprendre sur le climat et son réchauffement”. Dernièrement, cette vaste collection s’est encore agrandie avec 4 nouveautés : les hiéroglyphes égyptiens, l'éducation à la citoyenneté mondiale, le droit romain et l'éthique médicale. Enfin, les projets ne manquent pas, avec dans les cartons des MOOCs dédiés à l’évolution des végétaux, la Chine contemporaine ou encore la gestion du stress chez les soignants.
2. Des vidéos de qualité, de l’innovation et un encadrement techno-pédagogique
Les vidéos sur fond vert permettent un enrichissement important des contenus tournés grâce à l’incrustation d’images, de photos, de vidéos, de graphiques ou encore de mots-clés. Cependant, le panel de typologies de vidéos pédagogiques imaginées ces dix dernières années élargit le champ des possibles ; les interviews d’experts, l’utilisation du lightboard, les micro-trottoirs ou encore les captations dans des environnements spécifiques en lien avec le sujet stimulent l’engagement et offrent une dimension supplémentaire d’authenticité à l’apprentissage. Le teaser de chaque MOOC n’est pas en reste et fait l’objet d’une attention toute particulière. Nous en sommes actuellement à un total de 1500 productions vidéo !
Si nos MOOCs sont de véritables pépites, c’est aussi grâce à la méthode qui porte le même nom. La méthode P.E.P.I.T.E, suivie par les techno-pédagogues disciplinaires en charge de l’encadrement des projets, guide la conception des MOOCs au travers de 6 étapes cruciales garantissant, d’une part, la transposition numérique du savoir de niveau universitaire et, d’autre part, leur qualité tant scientifique que pédagogique. Les scénarisations pédagogiques font la part belle à des outils innovants là où ils sont pertinents pour améliorer l'apprentissage, parmi lesquels un microscope virtuel, une simulation parlementaire ou encore une modélisation 3D en réalité augmentée.
3. Des expertises variées et à visées internationales
L’union fait la force ! C’est là une devise qui décrit bien la plus-value de l’élargissement de l’équipe pédagogique aux experts, internes ou externes, amenés à intervenir sur des points de matières dans le cours. Ils sont nombreux et, outre un point de vue complémentaire, ils donnent au MOOC une dimension scientifique supplémentaire. Parmi ceux-ci, citons Jean-Pascal van Ypersele de Strihou, Valérie Masson-Delmotte, Pascal Vernus, Steven Laureys, Christelle Dabos, Damien Ernst, Jean-Pierre Arrou-Vignov, Bruno De Wever ou encore François Gemenne. Outre la possibilité d’apprendre avec différents intervenants, les MOOCs offrent également aux apprenants la possibilité de voyager virtuellement dans différents lieux : au Louvre, au musée Egizio de Turin, au musée royal de Bruxelles, sur le site archéologique de Grand dans les Vosges, au musée de Tervuren, au parlement wallon, à Prague et prochainement au Jungfrau Joch dans les Alpes suisses, sans oublier sur la foire de Liège !

Si, par définition, les MOOCs s’adressent à tout le monde, tant qu’une connexion Internet est disponible, dans les faits certains publics sont plus présents que d’autres dans nos MOOCs et façonnent ainsi nos MOOCS.
6 ans déjà ! C’est en 2015 que l’aventure MOOC a démarré à l’Université de Liège avec 3 projets pilotes : Histologie, Migrations internationales et Il était une fois la littérature jeunesse. Avec 14 MOOCs et 2 SPOCs en plus, quel bilan dresser ? Qui sont les apprenants des MOOCs ULiège ? Est-ce que les (futurs) étudiants de l’Université de Liège sont touchés par ces MOOCs ?
Un premier tour d’horizon du nombre d’inscrits aux MOOCs ULiège pour amorcer la réflexion
En juin 2021, l’ULiège annonçait sur son site Internet la disponibilité de 21 MOOCs et de 2 SPOCs sur FUN1 et/ou Campus jobs@skills (plateforme d’hébergement) et 11 en « phase de lancement ». Ce qui correspond à près de 275.000 apprenants (dont 8000 étudiants impliqués dans 54 cours). Ce qui correspond également à l’intervention de 90 enseignants.

Si ces chiffres prouvent sans aucun doute que les MOOCs touchent un large public, nous savons qu’ils varient fortement en fonction de différents paramètres : du thème bien sûr, de sa nouveauté (la première session est plus plébiscitée), mais aussi du type de contenu proposé (Chuang et Ho 2016). À cela, nous ajouterons le contexte social. Il ne fait aucun doute que le confinement imposé par les gouvernements en 2020 dans de nombreux pays francophones a littéralement fait exploser le nombre d’inscriptions, comme le montre ce graphique des inscriptions pour chaque MOOC.

Afficher le graphique dynamique
Quoi qu’il en soit, comme Cisel (2014), nous souhaitons aller plus loin que le nombre d’inscrits par MOOC pour dresser le bilan de 6 années de travail. Concentrons-nous donc sur les publics ciblés par les MOOCs de l’Université de Liège.
Publics ciblés par les MOOCs de l’ULiège
Si, par définition, les MOOCs s’adressent à tout le monde, tant qu’une connexion Internet est disponible, cette « équité éducative » a été atténuée par de nombreuses études décrivant la démographie des personnes inscrites aux MOOCS. Les statistiques montrent ainsi que le public inscrit aux MOOCs est en réalité « privilégié » et composé d’apprenants déjà « matures » (diplômés et/ou en formation continue) cherchant à se professionnaliser (Christensen et al. 2013). Or, rappelons qu’une des priorités de l’Université de Liège est de produire des MOOCs systématiquement utilisés auprès des étudiants de 1er et de 2ème cycle dans leur cursus régulier.
Les équipes porteuses d’un projet doivent donc potentiellement concevoir des MOOCs qui puissent toucher à la fois un large public (sans prérequis), un public prêt à consacrer du temps et des efforts de formation dans une optique de professionnalisation, mais surtout des étudiants qui suivent le MOOC dans le cadre de leur cursus.
Ces attentes multiples sont matérialisées avec 3 types de MOOCs :
1. Des MOOCs « Grand Public »
Ceux-ci proposent du contenu accessible sans prérequis. Ces MOOCs sont généralement intégrés dans les cours de BAC et/ou utilisés comme outils de remédiation.
2. Des MOOCs « spécialisés »
Ceux-ci recommandent d’avoir un niveau d’étude de l’enseignement supérieur et/ou une expérience professionnelle. Ces MOOCs sont généralement intégrés dans les cours de Master et/ou dans des certificats universitaires.
3. Des MOOCs « Mixtes »
Ceux-ci mettent en place des parcours différenciés et/ou des modules optionnels afin de proposer à la fois des contenus de base « grand public » et des contenus plus « spécialisés » pour un public mature. Ces MOOCs sont intégrés tant dans les cours de BAC que dans les cours de Master.
La reconnaissance du suivi varie au sein des MOOCs ULiège ; elle prend généralement la forme d’une attestation de réussite (gratuite) pour les MOOCs « grand public » et d’une certification (payante) dans le cas des MOOCs « spécialisés », voire d'une combinaison des deux pour les MOOCs « Mixtes ».

On notera, qu’en cohérence avec cette stratégie, l’ULiège priorise des MOOCs qui offrent des supports audio-visuels de haute qualité couplés à des activités d’apprentissage riches qui ne se limitent pas aux simples quiz et autres formes basiques d’évaluation des connaissances, mais proposent plutôt des tâches plus complexes répondant aux critères de qualité prônés par la littérature (Merril, Margaryan) comme par exemple des approches par problème ou des études de cas.
Les publics ciblés sont-ils bien présents dans nos MOOCs ?
Pour répondre à cette question, analysons les caractéristiques socioprofessionnelles (âge, genre, niveau d’études) de 80.860 apprenants inscrits dans 17 MOOCS ouverts en 2020. Ces données ont été récoltées à l’aide d’un formulaire en ligne (facultatif) complété par les apprenants au moment de leur inscription sur la plateforme FUN. Les résultats ne tiennent donc pas compte des données « non-complétées/inconnues».
1. Age des apprenants
De manière globale, on constate que les personnes inscrites dans les MOOCs ULiège sont principalement âgées de 26 à 65 ans. Autrement dit, il s'agit de personnes actives déjà formées. Ce qui correspond bien aux taux recensés (60% des inscrits ont entre 25 et 50 ans) dans une enquête statistique sur l'ensemble des utilisateurs de FUN en 2014. Ce taux varie évidement en fonction des thématiques des MOOCs.
L’illustration suivante présente les données par type de MOOC (« grand public », « mixte », « spécialisé »).
On constate que les MOOCs « Grand public » sont suivis par un taux plus important de moins de 25 ans et/ou de pensionnés (plus de 65 ans). Inversement, des MOOCs plus spécialisés sont plutôt suivis par un taux plus important de 26 ans à 65 ans.

2. Genre des apprenants des MOOCs ULiège

Globalement, comme l’enquête de 2014 de FUN, on observe une surreprésentation féminine (62%). On note tout de même que des distinctions remarquables s’observent entre les MOOCs, comme le montre l’illustration suivante.

Par exemple des MOOCs attachés aux sciences humaines (comme Moi prof de FLE) ou aux sciences de la santé (comme EBP) sont plus largement suivis par des femmes.
Inversement, les MOOCs issus des branches scientifiques (comme Techniques d'irrigation) tendent à inverser la tendance.
Cette disparité entre les genres, en particulier dans les branches scientifiques, a déjà été soulevée dans une étude américaine. Partant du constat que les stéréotypes liés au genre influencent les choix professionnels, Jiang et al. (2018) concluent que les MOOCs, malgré leur potentiel de démocratisation de l’éducation, ne permettent pas une réelle augmentation des femmes dans les domaines scientifiques.
3. Niveau d’éducation des apprenants des MOOCs ULiège

Les apprenants des MOOCs ULiège ont majoritairement un niveau de deuxième cycle supérieur (niveau Master ou Doctorat). On retrouve ensuite le premier niveau du cycle supérieur (niveau bachelier) et enfin le niveau du primaire ou secondaire.
On peut donc, comme l’enquête de FUN en 2014 ou l’étude de Jiang et al. (2018), constater que les MOOCs ULiège sont suivis par un public « plus mature » et déjà diplômé. En effet, les apprenants diplômés du supérieur (tous niveaux confondus) représentent près de 74%.
Regardons maintenant ces résultats par type de MOOCs. Si on pouvait s’attendre à ce que les MOOCs « Grand Public » attirent davantage d’apprenants ayant des diplômes du supérieur court et/ou du niveau secondaire, voire primaire, ce n’est pas réellement le cas. Ainsi, cela confirme les conclusions de Cisel (2014) : la grande majorité des apprenants des MOOCs sont des diplômés qui ont acquis des capacités d’autonomie suffisante pour suivre un MOOC.

On notera quand même quelques disparités intra-MOOCs. Ainsi, le MOOC Chimie qui a pour objectif « d’ouvrir les portes du supérieur » touche 39% d’apprenants n’ayant aucun diplôme ou un diplôme d’étude primaire ou secondaire. Le MOOC « Les mots du pouvoir » semble également être suivi par des profils « moins diplômés ».
Afficher le graphique dynamique
Conclusion
Ces premières analyses chiffrées des MOOCs ULiège mettent aussi en évidence le même paradoxe que dans d’autres études concernant les apprenants inscrits aux MOOCs. Bien que les MOOCs soient destinés à « démocratiser les savoirs », ils touchent principalement un « public mature » déjà formé. Une hypothèse déjà soulevée par Cisel (2014) est que ces formations « à distance » demandent une certaine autonomie et des disponibilités. Or ces 2 caractéristiques sont davantage accessibles à un public mature.
Mais ce constat global est à nuancer. Selon les types/objectifs des MOOCs, le curseur « public » tend à aller davantage vers un « jeune public estudiantin » et/ou vers des « travailleurs diplômés ». D’où l’intérêt d’intégrer les MOOCs aux cursus des étudiants afin de coller davantage aux profils des apprenants.
Enfin, si ce premier bilan ne s’intéresse qu’au profil des personnes inscrites, il serait intéressant d’analyser le profil des personnes qualifiées par Cisel (2016) de « certifiées » (qui ont obtenu une attestation de participation) et/ou « productives » (qui ont au moins laissé des traces d’activité (participation à un quiz par exemple)). Ces données seront peut-être traitées au Bilan 2022.
À l’année prochaine !
Bibliographie
Christensen, G. et Steinmetz, A.,Alcorn, B.,Bennett A., Woods, D. , Ezekiel,E. (2013). The MOOC Phenomenon: Who Takes Massive Open Online Courses and Why? Disponible sur SSRN: https://ssrn.com/abstract=2350964 ou http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.2350964.
Chuang, I. & Ho, A. (2016). HarvardX and MITx: Four Years of Open Online Courses.
Cisel, M. (2014). Analyzing Completion Rates of First French xMOOC. Proceedings of the European MOOC Stakeholder Summit 2014, 26.
Jiang, S., Schenke, K., Eccles, J.S., Xu,D.,Warschauer, M. (2018). Cross-national comparisonof genderdifferences in the enrollment in andcompletionof science,technology,engineering,and mathematics, 13 (9).
Dans la vidéo suivante, réalisée en juin 2019, vous trouverez toutes les spécificités des MOOCs ULiège, ainsi que des témoignages d'étudiants, d'enseignants et/ou de chargés de cours ayant réalisé un MOOC.
